Musique -->Come Undone, by Jackson Waters
Citation -->Ne regardez pas en arrière et ne pleurez pas sur le passé, car il est passé et ne vous en faîtes pas pour le futur, car il n'est pas encore arrivé. Vivez dans le présent, et faites-en quelque chose de magnifique qui vaille la peine qu'on s'en rappelle. Ida Scott Taylor
Coup de Coeur -->Time-Wont-Let-Him-Go Crozon. Petite ville de la presqu'île Finistérienne, le 1er mai 2008. Le jour se lève, avec le soleil. Et oui, le soleil existe en Bretagne, détrompez-vous. La petite maison au bout du chemin de terre était dans un état pitoyable. De l'extérieur, tout semblait calme et serein. A l'intérieur, des bouteilles d'alcool jonchaient le sol, ainsi que des verres en plastique ; le chat mangeait le reste de gâteau dans le plat, et dans l'entrée, un crapaud avait trouvé la mort, écrasé. A l'étage, 5 jeunes étaient étendus sur les lits, la bouche ouverte, emmitouflés dans leurs sacs de couchage. Une jeune fille aux longs et bouclés cheveux bruns se leva brusquement et courut dans la pièce à côté, et sauta sur un lit où dormait une jeune blonde. Moi.
_ Chloé ! Chloé, il est 9h55 !
_ Hein ?! Quoi ?! Tu te fous de moi ?!
_ Non ! Allez, grouille !
_ Putain, Marie ! J'ai même pas entendu mon réveil, merde !
_ Bin, dépêche !
_ Mais...Marie putain, apprends à lire. Il est 8h55. Tu m'as foutu les boules !
_ Oh la vache...Pardon. Mais bon, lève-toi quand même. Ton père arrive dans une heure.
Marie retourna se coucher, et je me levai précipitamment. C'était la communion de mon frère, Matthias. Je tanguais encore en descendant l'escalier. La soirée de la veille avait été assez arrosée. Très arrosée, même. Maintenant qu'on était tous en études aux quatre coins de la France, les moments où l'on se retrouvait tous ensemble chez nous, tous les cinq, se faisaient rares, et il fallait les fêter raisonnablement. Une heure après, j'étais quasiment prête. Quasiment. Je courais dans tous les sens, manquant de trébucher à chaque pas, sous le regard amusé de mes amis, affalés dans le canapé. Marie m'avait aidée à régler les bretelles de mon haut, et analysait ma poitrine, le sourire aux lèvres.
_ La vache, Chloé, ça te fait des seins à la Louis XIV !
_ Parce que Louis XIV avait des seins ?!
_ Mais non, mais...Enfin tu sais, les femmes, à cette époque avec leurs corsets elles avaient les seins bombés. Bin voilà. T'as des supers seins, là. Dommage que ce soit une fête de famille. Laura, regarde!
_ Montre, Chloé ! Arrff, moi je trouve pas !
_ Vas-y montre ! Ah non, c'est bien...
_ Merci François. C'est bon, vous avez fini ?
_ Ouais ! En tout cas, on dirait une déesse Athénienne.
_ Vous êtes lourds ! Et qui a écrasé un crapaud hier ?
_ François et Delphine !
_ Ouais, je voulais refermer la porte, et je sentais que ça bloquait mais je voyais pas pourquoi...Alors j'ai tiré un grand coup...Et j'ai tué un crapaud.
_ Sympa. Ah ! Mon père est là ! Je dois y aller ! See you plus tard les gens !
_ Tu nous appelles, hein ? On se revoit plus avant juillet-août là...
_ Ouais, je sais...Pas bon. MSN Power comme on dit.
_ Ouais. Mais nous, on se voit avant hein ?
_ Oui, oui on se voit avant ! Allez, je dois y aller ! Je t'aime, les gens !
Je sortis de la maison, et courut jusqu'à la voiture. A peine montée, mon père démarra en trombe. De multiples sentiments se battaient en moi sur la route du retour. Nostalgie, mélancolie, tristesse, manque. Ne plus voir mes amis pendant quelques mois. Mais aussi, hâte et excitation. Revoir ma famille au complet. En arrivant à Dinéault, village de mon enfance et Pays du Soleil (Dinéault en français, Dineol en breton : Din pour colline et Eol pour soleil), le sourire éclairait de nouveau mon visage. Mon père se gara sur le parking de l'église, et j'aperçus mon frère dans son aube blanche. Les souvenirs de ma propre communion remontèrent, et me firent sourire. 7 ans déjà. Mes oncles, tantes, cousins et grands-parents étaient tous là. Tous en beauté. Sauf une. Comme d'habitude. J'avançai rapidement vers eux, et faisais la bise à tous, prenant le soin de terminer par une petite brune aux grands yeux d'un marron pétillant.
_ Woua, Chloé, quelle femme !
_ Merci, Julie. Tu comprendras que je ne te retourne pas le compliment.
_ Tout à fait. Mais je reste fidèle à moi-même, moi.
_ Ecoute, petite fille, j'ai 18 ans, il faut que je devienne une femme.
_ Genre. Pour moi, tu seras toujours une grande nunuche qui pleure devant La Petite Princesse, une grande dadette qui joue à S Club 7 dans les chambres chez Mamie et qui veut absolument être Rachel, sinon, elle ne joue pas ; une écervelée qui essaie désespérément de faire sa choré sur les Spice Girls au spectacle de Noël chez Mamie, la peureuse qui se cache derrière le canapé parce qu'elle veut pas voir Rose qui se suicide dans Titanic, alors qu'elle connaît le film par c½ur et qu'elle sait très bien qu'elle ne va pas tomber, et j'en passe et des meilleures...
_ Tu m'en diras tant...Sache que dans toutes ces activités, tu étais toujours la première à m'accompagner.
_ Tu me forçais la main, c'est tout.
_ Oh. Je vois. Bon, Mademoiselle Julie... Ooh j'adore t'appeler comme ça, ça me fait penser à Casimir et le Gloubiboulga...Bref, Julie, nous entrons dans la demeure du Seigneur, garde tes allusions infantiles pour toi.
_ C'est toi qui me parle de Casimir, en fait.
_ Je veux du Coca. Punaise Blaise, il faut que je boive du Coca.
_ T'as bu combien encore toi cette nuit ? Tu m'as appelée pendant au moins 45 minutes, et j'ai absolument rien compris !
_ Je t'ai appelée ?
_ Okay, c'est pas grave. Allez, c'est parti pour deux heures de folie.
L'assemblée entonna le chant d'ouverture, et le prêtre commença les prières. Je ne peux pas vraiment vous en dire plus, étant donné que Julie et moi avons passé les deux heures de messe à discuter, subissant de temps en temps les regards noirs des parents. Nous avons chanté juste une chanson, la chanson qui nous faisait mourir de rire dans le film Nos Jours Heureux. Au final, la messe passa assez vite. La journée se poursuivit par l'apéritif, puis le repas qui bien sûr, s'éternisa. Julie et moi avons passé la journée ensemble, en compagnie de nos autres cousins et cousines. Enfin, plus en compagnie de Manon et de Tom, le petit dernier. Les autres, n'avaient jamais vraiment été avec nous. Quand nous étions toutes les deux, il était difficile de s'incruster. Manon avait plus ou moins réussi à le faire, seulement parce qu'elle était la s½ur de Julie et qu'elle nous connaissait bien. Pendant le repas, nous avions rebaptisé nos seins. Les miens étaient devenus Louis et Mazarin, ceux de Julie Dine et Ol. Joris nous avait pourtant conseillé Tume et Tone, mais notre intuition avait eu raison de lui. Le soir, nous eûmes un moment privilégié, avec Julie, à nous promener dans le village, regardant le ciel étoilé, la chanson Come Undone nous parvenant aux oreilles. C'était un moment magique, où nous n'étions que toutes les deux dans la nuit noire. Nous nous sommes allongées au milieu de la route, le mp3 entre nous deux, et nous avons regardé le ciel. Les étoiles. Le ciel était sans nuages, et il n'y avait pas de vent. Juste deux jeunes filles, une petite brune et une grande blonde étendues sur la chaussée, côte à côte. Le bruit d'une voiture nous parvint aux oreilles, et nous nous relevâmes, retrouvant avec difficulté la réalité. Dans la salle, les parents, un peu pompette, étaient en pleine discussion.
_ C'est fou ça ! Je l'ai à peine reconnue ! Gwenn, Alex et Yves, on les voit assez souvent, mais Olivia...
_ C'est son choix, Ronan, et puis Tante Danny n'arrange pas les choses. Venez, les filles, si vous voulez !
La conversation m'intéressait, pour une fois. Olivia, Gwenn, Yves et Alex étaient les cousins et cousines de ma mère et mon parrain. C'est vrai qu'on ne voyait pas souvent Olivia. Je fis signe à Julie et Manon, qui était là, de me suivre à la table des parents. Ronan, mon parrain, nous regarda nous asseoir, les yeux humides.
_Aujourd'hui, j'ai revu ma cousine pour la première fois depuis une dizaine d'années. Je l'ai à peine reconnue. Pourtant, on a grandi ensemble. On habitait dans deux maisons mitoyennes, vos parents et moi on était beaucoup plus âgés que nos cousins d'à côté, mais on a toujours été là pour eux, on était leurs grands cousins, leurs modèles. On était très proches. Un peu comme vous deux. Et vous voyez, aujourd'hui Olivia et moi, on ne s'est pas reconnus...
_ Mais nous, on gardera contact.
_ C'est pas si simple, Julie. La vie passe, les enfants grandissent et s'en vont. Ils ont d'autres priorités, la famille, le travail. La relation fusionnelle que vous avez toutes les deux depuis toutes petites, dans à peine dix ans, ça ne sera qu'un souvenir. Les fêtes de familles, les Noël chez Mamie...Tout ça n'existera plus que dans votre mémoire les filles. Regardez, Pauline, elle n'est déjà presque plus là.
_ Comment tu peux leur dire ça, Ronan ? Si elles veulent se revoir, elles se reverront. Laisse-les grandir, et gérer leur relation comme elles le sentent.
_ Je suis désolé, Gérard, mais c'est la vérité. Tu les vois encore tes cousins, toi ? Chloé est déjà en études, dans 5 ans, au mieux elle est à Paris, au pire pour nous, mais au mieux pour elle, elle est aux Etats-Unis. Julie, dans 2 ans elle a le bac, et après, elle va où ? On a toujours dit qu'elles étaient trop proches, elles vont tomber de haut. Elles ont 16 et 18 ans, elles sont encore des enfants. Bientôt, Chloé sera plus là, faudra t'y faire Julie.
_ Pourquoi vous pleurez ? Vous vous doutiez pas que ça finirait comme ça ? Chloé...
_ J'y avais jamais pensé...
_ C'est pas pour vous foutre le blues que je dis ça, regardez, vous me faites pleurer aussi, mais c'est comme ça, et bientôt, vous vous apercevrez que Parrain/Tonton avait raison. La vie continue.
Les larmes embuaient mes yeux, je ne contrôlais plus rien. Je n'aimais pas pleurer devant mes proches, mais je n'avais pas pu empêcher les larmes de couler. Ma mère, mon parrain et ma tante étaient aussi chamboulés, les larmes aux yeux. Je voyais Manon, la tête baissée, tenter de sécher ses larmes discrètement, et je sentais que Julie était dans un était semblable au mien. Mon c½ur était déchiré. Jamais je n'avais pensé à tout ça. Pour moi, les fêtes chez Mamie, les fêtes de famille, c'était éternel, ça durerait à l'infini. En y réfléchissant, bien sûr que ça n'allait pas être le cas. Notre grand-mère, de toute façon, n'était pas éternelle. Notre enfance non plus. Mais ça faisait tellement mal d'y penser. Notre oncle nous avait ouvert les yeux sur quelque chose qu'on aurait préféré ne jamais voir. Rester dans l'illusion, plutôt que d'affronter la vérité. Rester dans l'enfance plutôt que d'affronter la vie. Le retour chez Mamie se fit dans le silence. Pas un mot ne fut prononcé, pas même entre Julie et moi. Ce ne fut qu'une fois couchées que je rompis le silence.
_ Je serai toujours là, on continuera à se voir. Je te le promets, Julie. On peut pas nier ce qu'on est, depuis toujours on est ensemble, tout le temps. J'ai toujours mes cahiers de vacances, tu sais, que j'écrivais avant. L'autre jour, j'ai lu celui de l'été de mes 5 ans. Je racontais que j'étais arrivée chez Mamie, et que tu m'avais sauté dans les bras. J'avais 5 ans, t'en avais 3. Tout ça, ça fait plus de 13 ans, et ça a pas changé. Et ça changera pas.
_ Coûte que coûte, les cousines d'abord !
_ Julie, tu regardes trop Les Frères Scott, mais certes, certes...
_ Y'a pas une autre citation des Frères Scott qui te trotte dans la tête depuis ce que Ronan a dit ?
_ Bien sûr que si. Mais je préfère ne pas y penser... On va passer tout ça, la vie continuera, et nous aussi.
_ Promis ?
_ Promis.
_ Alors d'accord. Bonne nuit ma Chloesh ! Bonne nuit à Louis et son cardinal également...
_ Je renvoie le compliment à Dine et Ol ! Hey, Julie...
_ Quoi ?
_ Leyton Forever...
_ Fuck, ma puce. Brucas en force.
_ Cause toujours.
Je me retournai dans mon lit, le sourire aux lèvres. Non, nous n'étions pas toujours d'accord sur tout. Mais Julie était ma cousine. Mieux, elle était la s½ur que je n'avais pas. Elle était tout. Je me tournai dans tous les sens sans pouvoir trouver le sommeil. Les paroles de mon parrain me trottaient dans la tête. Pauline était déjà presque partie. Je m'entendais très bien aussi avec elle, mais elle n'était plus très souvent parmi nous. Et le petit Tom, il avait 4 ans. Quand il en aurait 10, beaucoup de cousins manqueraient à l'appel des fêtes de famille, études ou autre obligent. A cet instant, je réalisais que la vie avait passé beaucoup trop vite, je repensais à mes amis, que je ne voyais plus très souvent, à Julie et moi, que la vie séparerait. A l'époque, cela me paraissait impensable de vivre sans Julie. Seulement aujourd'hui, avec des années de recul, je me rends compte qu'il faudrait écouter les adultes plus souvent. Ils savent. Ils ont raison. Malgré tout l'amour du monde, ils ont raison. Ils parlent en connaissance de cause. La vie passe. Les enfants grandissent et s'en vont. Et les promesses s'envolent avec eux.
Première scène assez longue, mais je voulais pas couper. Cette journée s'est vraiment passée comme ça, à quelques mots près, alors je voulais la retranscrire telle qu'elle s'était passée. J'espère que le début vous inspire...^^
Voilà alors, la fameuse discussion...Vous auriez dû nous voir, à tous pleurer...
Lâchez-vous sur vos impressions...
JE NE PREVIENDRAI QUE CELLES ET CEUX QUI LAISSENT UN COM SUR LE DERNIER ARTICLE EN LIGNE
© Chloé